Documents économiques
Parmi les nombreux documents économiques découverts dans la«bibliothèque murée»,se trouvent un grand nombre de récits sur la vie sociale de Dunhuang sous les Tang et les Cinq Dynasties.Le document P.3257,un acte de droit civil sous le règne de Cao Yuanzhong du régime de l’armée Guiyi,enregistre un procès concernant une propriété foncière.
Au cours du 12e mois lunaire de l’an 946,pour subvenir à ses besoins essentiels,une veuve nommée Along porta plainte auprès de Cao Yuanzhong,gouverneur de la préfecture de Shazhou,contre Suo Fonu pour les 22 mu (≈ 1,47 hectare) de terre que ce dernier occupait depuis plus de 10 ans.Le 17e jour du même mois,Cao confia l’affaire à un officier nommé Wang Wentong.
Ce dernier fit rapidement toute la lumière sur cette affaire.Le fils d’Along,Suo Yicheng,avait été exilé à cause d’une infraction à Guazhou plus de 10 ans auparavant.Les 22 mu de terre que la mère et le fils possédaient initialement avaient été distribués par le clan Suo.Suo Yicheng avait cédé la terre à son oncle Suo Huaiyi à condition que ce dernier paie l’impôt foncier et assume les corvées connexes.Un autre membre du clan,Suo Jinjun,s’était installé dans son enfance à Nanshan parmi les tribus Tuyuhun et il n’avait pas été pris en considération lors de la distribution de terres du clan.Peu de temps après l’exil de Suo Yicheng,Suo Jinjun était revenu dans la préfecture de Shazhou avec deux chevaux qu’il avait volés à Nanshan et avait été récompensé par le régime de l’armée Guiyi pour l’un des chevaux donnés au gouvernement.Pour s’installer,il avait demandé sa part de terre et les autorités locales avaient décidé de lui attribuer les 22 mu de terre loués par Suo Huaiyi,qui était parti garder les chevaux publics et qui n’avait pas été informé de l’affaire.A son retour,Suo Huaiyi n’avait pas réclamé la terre,puisqu’elle ne lui appartenait initialement pas.Malgré son intention de défendre sa propriété auprès des autorités locales,Along ne l’avait pas fait de peur d’être réprimandée en tant que mère d’un criminel.

Document sur l’affaire Along.
Ayant longtemps habité parmi les tribus nomades et ayant peu de connaissances sur l’agriculture,Suo Jinjun était retourné à Nanshan quelques mois plus tard.Son neveu Suo Fonu avait repris la terre.Suo Yicheng était mort en exil,à Guazhou.Along,devenant vieille,devait élever son petit-fils Suo Xingtong,qui était encore très jeune.N’ayant d’autre choix que de mendier pour pouvoir se nourrir,Along décida de réclamer ces 22 mu auprès de la justice.
Après avoir enquêté et réuni des preuves,Wang Wentong soumit au gouverneur Cao Yuanzhong les cinq dossiers suivants:la pétition d’Along,le contrat de location signé par Suo Yicheng et Suo Huaiyi,ainsi que les dépositions de Suo Fonu,d’Along et de Suo Huaiyi.Le 22e jour du 12e mois lunaire,Cao Yuanzhong rendit son verdict,qui maintenait l’ancienne solution des autorités locales et montrait dans le même temps sa préoccupation envers les plus faibles.Selon le verdict,la terre qui avait été donnée à Suo Jinjun ne devait pas être réclamée.Cependant,puisque Suo Jinjun était retourné à Nanshan,Along et son petit-fils pouvaient jouir du droit d’utilisation de la terre et bénéficier de son rendement.Ce litige civil fut résolu à l’issu d’une procédure en quatre étapes:le dépôt de plainte,l’ouverture du dossier,l’enquête et la collecte des preuves,et le rendement du verdict.Ce litige fit l’objet d’une attention particulière de la part du gouverneur.Cela révèle les rapports étroits entre la vie économique et la stabilité sociale à Dunhuang à cette époque.(https://www.daowen.com)
De façon notable,le mode de collecte des preuves dans cette affaire est similaire au celui utilisé à notre époque.Une enquête fut menée auprès des parties concernées.Tant les preuves écrites (contrat de location) que les témoignages des personnes intéressées furent réunis.Tous les témoignages furent notés et signés,de sorte qu’un ensemble complet de preuves fut constitué.Le contrat de location reflète les divers systèmes juridiques de l’époque,y compris le système agraire,le système de preuves et le pouvoir du contrat.Il nous permet de mieux connaître la culture du droit dans l’ancienne Chine et son impact dans l’ouest du pays.
Le corps principal de la réglementation de la dynastie Tang est composé de lois («lü»),de décrets («ling»),de règlements(«ge») et de règles («shi»),dont seuls les lois et les annotations sur la loi («lüshu») ont été préservés jusqu’à nos jours de manière intacte.Les lois,décrets,règlements et règles retrouvés parmi les manuscrits de Dunhuang,bien que fragmentaires,constituent des données précieuses nous permettant de connaître la réglementation des Tang,mais également d’importants matériaux de référence pour reconstituer les documents juridiques perdus.Par exemple,les Règles sur l’utilisation des ressources d’eau dans les années de Kaiyuan («Kaiyuan shuibu shi») prescrivaient en détail les règles de gestion des canaux et des ponts,ainsi que les responsabilités connexes des autorités aux divers échelons.Grâce à ce document,nous connaissons le système de gestion des eaux sous les Tang et pouvons compléter les contenus manquants dans le Code des Tang sur les six ministères («Tang liudian»),la Nouvelle histoire des Tang («Xin Tangshu») et l’Ancienne histoire des Tang («Jiu Tangshu»).De plus,ce document nous permet d’avoir une idée concrète sur le contenu et la forme des règles,et nous offre des modèles pour lesquels nous pouvons trouver d’autres documents du même genre.
Il existe parmi les manuscrits de Dunhuang plus de 300 documents similaires au document P.3257 évoqué précédemment,avec des contrats d’affaires,de prêt,d’emploi,de location et d’hypothèque,ou encore des certificats de division familiale et de divorce.Ces documents furent signés avec des noms authentiques et jouèrent leur rôle dans la vie réelle.Beaucoup d’entre eux ont un rapport avec les monastères et nous permettent de mieux connaître l’économie liée à ces derniers.Reflétant les conditions socioéconomiques de l’époque,ces documents sont d’une valeur irremplaçable.
Les documents économiques parmi les manuscrits de Dunhuang comprennent également des déclarations de conditions familiales,des livres de comptes,des registres d’état civil et l’enregistrement de corvées,constituant les données de première main les plus importantes pour étudier le système agraire et les relations économiques dans la Chine antique.Sous la dynastie Tang,chaque famille devait déclarer fidèlement le nombre de ses membres,la superficie de ses terres,son lieu d’habitation et d’autres informations auprès des autorités locales,qui en faisaient le rapport aux préfectures et aux districts.En se basant sur ces documents,ces derniers établissaient tous les trois ans des registres d’état civil.Ces documents contenaient des informations beaucoup plus nombreuses que nos bulletins d’état civil actuels et sont d’une grande valeur pour la recherche sur les anciens systèmes concernant la population,les terres et les corvées.L’enregistrement de corvées était établi par le district et examiné par son magistrat.Il servait de base à la distribution des corvées publiques.Les manuscrits de Dunhuang contiennent par exemple les enregistrements des corvées compilés selon les cantons du district de Dunhuang dans les années Tianbao et Dali des Tang.La première partie enregistre les noms des personnes mortes et disparues,et la seconde partie indique les personnes recensées avec leur nom,leur âge,leur identité et les corvées accomplies.Ces documents sont d’une grande importance pour les études sur les corvées des Tang.

Compte rendu sur les vins.